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Défense des enfants international
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Notes et sanctions à l’école: questions de droit
  
[ Bulletin DEI, septembre 2005 Vol 11 No 2/3 p. 10 ]

Conférence de Bernard Defrance, professeur de philosophie et Secrétaire général de DEI-France


Par Dannielle Plisson

Cette conférence s’est déroulée à Uni-Mail, Genève, le 12 avril 2005. Elle était organisée conjointement par: GREN (Groupe romand d’éducation nouvelle), PIG (Pédagogie institutionnelle Genève), Coordination enseignement Genève, SPG (Société pédagogique genevoise), GAPP (Groupement des Associations de parents d’élèves du primaire) et DEI Section Suisse.

Depuis plus de 30 ans Bernard Defrance entend de la part de ses élèves que rien n’est plus injuste que les notes et qu’avec elles, la société est dans une situation de «hors droit»: en cas d’injustice, il n’y a en effet pas d’instance de recours à leur propos. Bernard Defrance pose ainsi la question de la justice de la note et avance que le maître, en notant le travail de ses élèves, note également le résultat de son propre travail. Il est dans ce cas juge et partie. L’entraîneur ne peut être l’arbitre. L’élève qui constate que le professeur a tous les droits découvre l’injustice. En effet, toutes les études montrent que la note chiffrée ne peut en aucun cas mesurer les réelles aptitudes d’un élève. L’enfant vient à l’école pour se construire; ses apprentissages s’effectuent par essais et erreurs, raison pour laquelle il ne peut être puni. L’école qui veut instruire et éduquer devrait être un lieu où l’enfant n’a pas en permanence une obligation de résultat, contrairement aux réalités auxquelles il sera confronté plus tard, dans la vie professionnelle. A l’école, il a l’obligation des moyens (soit l’obligation de travailler). Si l’on punit durant la période d’instruction obligatoire par la sélection, l’exclusion d’un degré ou d’un cycle, l’école n’est plus l’école.

Bernard Defrance engage à reconnaître et à tenir compte des violences inscrites dans l’histoire des élèves: violences du monde liées aux guerres et à l’immigration, conditions de vie, parfois dramatiques, en dehors du cadre scolaire. Les débouchés d’enfants ayant subi un tel parcours de vie, même avec un bac + 2, sont quasi nuls. Ses élèves de terminale dans la banlieue de Paris se considèrent comme des survivants de la sélection scolaire, sans pour autant croire en un avenir. La violence de l’école, c’est de privilégier l’enseignement des élites intellectuelles et de supprimer l’apprentissage des arts et des techniques dans le cursus scolaire: à chaque étape du développement, l’école fait renoncer des élèves. Il rappelle que l’école peut créer le pire quand elle instruit sans articuler la sur la loi, le droit et l’éthique. Dans l’histoire, les élites de notre planète, souvent de brillants élèves, ont pu ainsi créer le pire (armes de destruction massive, génocides, exterminations). C’est donc bien au cœur de l’acte d’apprendre que doivent être surveillés les phénomènes qui favorisent l’institution de la loi et non sa destruction.

«Note ou pas note» est ainsi un faux débat et c’est bien sa finalité qui est en jeu. Le maître et l’élève ont besoin de savoir où ils en sont, au terme du cursus, pour valider les apprentissages. Il s’agit bien de préciser quand la sélection doit se produire, parce qu’elle est indispensable. En sachant qu’elle risque toujours d’empêcher d’apprendre.

Bernard Defrance conclut son exposé avec une série de propositions. Il prône une évaluation pédagogique continue et interne au travail de la classe, suivie d’une validation externe par un tiers, l’instauration d’un organe de recours, la refonte des cursus scolaires en tenant compte de l’accélération des savoirs, de l’éthique et de la relation aux autres, la réintroduction de la notion de «travail pratique» et de situations professionnelles, l’aménagement de temps de partage, de parole et de formation sur les heures scolaires.

Bernard Defrance a souligné, par ses questions provocantes, toutes les contradictions auxquelles l’école doit faire face. Ces interrogations débordent largement le cadre du débat actuel et anachronique genevois, elles s’inscrivent toutes entières dans l’histoire de l’éducation et appellent des réponses à construire sans délai dans un débat démocratique.






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